Indépendance personnelle

J’ai connu une famille dont la mère très jeune avait cinq enfants, chacun de père différent .Un de ces jours, j’ai eu l’audace de lui poser la question que tout le monde chuchotait tout bas. D’un ton qui ne laissait aucune trace de jugement, je lui ai demandé « pourquoi vos enfants ont- il tous un père différent ? ». Elle baissa la tête d’un air attristé puis m’a répondu « je suis à la recherche de la vie. » J’étais trop jeune pour comprendre car je m’attendais à une longue histoire ou plutôt à quatre longues histoires. Je n’ai pas insisté. Plus tard, j’ai compris ce qu’elle voulait dire : c’est qu’elle cherchait de l’aide, un homme pour l’aider mais à la place, elle n’a eu que des enfants. Je suis sûre que vous vous demandez pourquoi ne s’était-elle pas arrêtée depuis la troisième ou la quatrième. Evitons de la blâmer bien que l’être humain, spécifiquement l'haïtien, trouve toujours une vie à blâmer de ses erreurs, sans en tirer des leçons, et c’est la raison pour laquelle on répète encore et encore les mêmes bêtises.
Pour approfondir, nous avons, dans notre culture, une mentalité mendiante. Je dirais qu’on attend toujours le secours. Nous avons un moyen très particulier à chercher de l'aide; la jeune fille attend un prince, la femme un mari, l’homme un gouvernement, et le gouvernement des organisations Internationales...Hélas ! Souvent un secours qui n'arrive jamais. Mes frères, allons-nous nous affirmer un jour ? Le poète crie délivrance, la marchande crie au secours, le religieux crie à l’aide. La jeunesse se perd dans l’attente, la jeune fille pense que son corps est sa seule richesse : elle espère un « papi en sucre». Le jeune garçon devient plus efféminé que la femme, il rêve de trouver une femme qui s’occupera de lui « une patronne généreuse ». On ne croit plus au "fanm vanyan" ni au "gason ki gen kran". Quand allons-nous nous prendre en charge? On a beau crier mais quand va-t-on réaliser qu’il n’y a que l’écho de nos voix qui répond à nos cris de misère.
A la fin, je dirais que l'indépendance ne s'arrête pas au départ des colons. Notre père Dessalines nous a donné un pays mais il ne pourrait nous donner une nation. La nationalité s'attache avec la personnalité, et ce n'est pas avec la main tendue qu'on fait sa valeur en tant que personne. Cela se gagne avec la sueur de la main et le courage du cœur. Mais nous sommes encore des esclaves dans nos propres corps. Et nous avons grand besoin d'une bataille pour nous-mêmes, de confiance en nous, de la force apte à changer nos cris de désespoir en cris de guerrier, ce qui donnera jour à ce que j'appelle une indépendance personnelle.

Comments

  1. Tu as parfaitement raison et je te felicite encore une fois. nous les haitiens nous nous abaissons a ce PITO NOU LED NOU LA depuis la nuit ds temps. je pense que l'heure est a laction mnt

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  2. Ma chere Winnie merci,je suis contente que tu as apprecie j'en ai assez moi.

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